Des livres et nous

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Des livres et nous

L’école Clair-Vivre a terminé cette année scolaire avec la projection, vendredi dernier, d’un film « Des livres et nous », résultat d’un magnifique projet artistique auquel toute l’implantation du Centre a participé, petits et grands. Le projet a été  porté par Véronique Tonneau, animatrice. Nous sommes partis à sa rencontre.

Qui est à l’initiative de ce  projet de  film ?

En discutant avec une institutrice de Clair-Vivre avec qui j’avais effectué un travail théâtral, elle m’a dit, que nous pourrions essayer de mettre en place, à l’école Clair-Vivre, un projet de film avec l’ensemble de l’école. J’ai eu la folle idée de dire oui. Je ne me rendais pas compte de l’ampleur.  Mais les enfants ont été incroyables et tous très impliqués du plus petit au plus grand.

Le projet a été bien accueilli ?

Les enfants étaient hyper  enthousiastes.  J’ai donc commencé par proposer des ateliers créatifs aux instituteurs.   Ils se sont inscrits à ceux qui  les intéressaient et où ils avaient envie d’apprendre.  Il faut savoir que tout a été fait par les enfants : les décors, les dialogues via des ateliers philos, … .   

Quel  est le thème, le fil rouge ?

J’ai fait un brainstorming avec deux classes de 6e primaire l’année passée et un thème en était ressorti : l’école des mages et des mondes parallèles. Nous  avons  gardé l’histoire des mondes parallèles représentés par les livres. L’idée de chaque fois rentrer dans un livre.

La thématique est un problème qui se rencontre dans toutes  les écoles.  La violence dans les cours de récréation, le harcèlement, les prises de pouvoir des enfants sur les autres. Un thème universel. Le choix des livres (Ubu Roi, les Frères Moustaches - Kankou Moussa  - Atattruc 1er) s’est fait avec cette thématique là.  Le scénario est apparu assez clairement.

Le début du film montre des bagarres dans la cour de récréation.  Ensuite, nous faisons la connaissance de  la bibliothécaire qui possède des pouvoirs magiques.  Elle  a le pouvoir de faire rentrer les enfants  dans les livres concrètement, réellement.

Mme Krystyna était en fait le vrai nom de la bibliothécaire à Clair-Vivre. Dans le projet, j’aurais souhaité qu’elle joue son propre rôle mais elle partait à la pension. C’est donc  une autre institutrice qui a repris le rôle. Un hommage à cette dame qui a travaillé, je crois, plus de 30 ans à l’école.

Quelles sont les réactions ?

Les réactions sont très positives. Les adultes ne s’attendaient pas à un résultat pareil. Et  j’ai des belles réactions des enfants. Ils sont  contents et fiers d’eux. Certains qui parfois ont plus de difficultés dans leur scolarité, brillent et sont mis en valeur. C’est bon pour eux et  leur estime de soi. Je crois que cela leur apporte beaucoup.

Que représente le monde du cinéma pour eux ?

Ils se sont rendu compte de ce qu’était réellement ce monde. Ce n’est pas uniquement ce que l’on peut voir. Il y a toute une machine derrière. Je pense qu’ils ont bien compris qu’un film est un ensemble de petites pierres. Et  ils ont tous mis leur petite pierre à l’édifice. Ce projet est un travail d’équipe. Et que l’image ce n’est pas quelque chose de réel, elle se crée. Ce n’est pas une vérité.

Le titre du film ne fait pas du tout  référence à la violence ?

Le choix du titre est un travail collectif de classe. J’ai été voir l’institutrice et nous avons réfléchi sur les thématiques de notre film. Ils sont arrivés à plusieurs résultats et m’ont proposé  quatre  titres. J’aimais bien « Des  livres et nous ».

Quel est le message de ce film ?

Le film fait référence à plusieurs choses. Il y a ce qui se passe dans la cour de récréation mais nous retrouvons aussi la place de l’adulte dans l’éducation de l’enfant. Même bibliothécaire, tout le monde a sa place dans l’éducation des enfants.  Les enfants viennent la voir en disant : « Faites quelque chose, nous n’en pouvons plus. » Elle est pour eux une espèce de bouée de secours. Et elle utilise la culture des livres et des histoires même réelles. Par  exemple, l’empereur Kankou Moussa est une histoire vraie. Les Frères Moustaches ont vraiment existé. C’est l’histoire et la culture générale qui les font sortir de ça. C’est très utopique bien évidemment. Mais c’est un peu triste de vivre sans utopie.

Combien de temps a duré le tournage ?

Le film a été réalisé en sept jours. Le huitième jour était consacré aux voix off. Une  folie de tourner à cette vitesse.  Le plus difficile était de respecter le rythme de l’école. Nous travaillions à peu près 3h30 par jour. Ce qui était très peu.

Les scènes muettes, par exemple les scènes de mouvement, se sont très bien passées.  Mais  les scènes de dialogues ont été très compliquées surtout à cause du bruit dans l’école.  

Mais j’avais une super équipe autour de moi. Une équipe qui a compris qu’il n’y avait pas seulement la beauté de l’image mais aussi,  en premier lieu, un projet pédagogique.  Il y a des plans que nous aurions souhaités  plus beaux ou plus aboutis. Tant pis. Nous avons fait avec ce que nous avions. Nous nous sommes mis au service de l’enfant. Et même avec cette démarche-là, nous sommes arrivés à un résultat professionnel assez bon.  Le monde est déjà tellement dur avec les points, les performances, … Ici,  il n’y a pas de performances. Ils sont justes là et nous les rendons encore plus beaux qu’ils ne le sont. Ils sont déjà très beaux. Il n’y a pas grand-chose à faire.